Qui sont-ils ?



  • Luc Balbont, journaliste à Pèlerin, est parti de Taizé avec des jeunes pèlerins accompagné par les Assomptionistes
    Marie-Christine Vidal, journaliste à Pèlerin, rejoint des jeunes Polonais à Brême. Ils se retrouveront tous les deux à Cologne, le 15 août.

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21/08/2005

Benoît XVI peut en surprendre beaucoup

Jmj_messe 13 heures. A la messe de clôture à Marienfeld, Christille, 20 ans, n’a vu Benoît XVI que de très loin. Mais la jeune Orléanaise s’en moque. Volontaire, longue durée, elle a eu la chance d’être choisie parmi les dix volontaires (deux de chaque continent) pour déjeuner vendredi midi à l’archevêché de Cologne avec le pape. Christille est aux anges.

L’instant marquera sa vie à tout jamais : Elle montre la médaille souvenir que lui a remis le Saint-Père : " Je lui ai dit que sa présence à Cologne était un témoignage de vie, de foi et d’humilité pour les Français, les Allemands et les citoyens du monde entier… C’est un homme chaleureux qui parle parfaitement notre langue, poursuit-elle. Je lui ai demandé ce qu’il avait ressenti au moment de son élection en avril dernier à Rome. Il m’a répondu que sa grande tristesse avait été de ne pas pouvoir saluer en personne chaque personne qui l’acclamait, de ne pas voir leur visage. "

Balbont_8 Le 19 avril dernier, quand Le cardinal Ratzinger devint Benoît XVI, je n’ai pas sauté de joie. Au fil de ces JMJ, je me suis aperçu que ce pape était profondément proche des gens, chaleureux, tel que me l’avaient décrit ses proches à Münich, lors d’un reportage que j’avais effectué peu après son élection.

Et puis, surtout, c’est un vrai penseur, un homme qui a lu, médité, un intellectuel au sens « allemand » du terme, moins médiatique, moins charismatique, moins poète et moins théâtral que son prédécesseur mais plus plilosophe et plus thélogien. Devenu numéro 1 du Vatican après avoir été aux ordres sous Jean-Paul II, Benoît XVI peut en surprendre beaucoup.

20/08/2005

Avec le Pape à Marienfeld

Balbont_7 17 heures. Sur l’ancien site minier de Marienfeld, à 25 kms du centre de Cologne, le P. Bruno L’Hirondel, 30 ans, prêtre à Conflans Sainte Honorine (Yvelines), attend le pape avec des jeunes de son diocèse.

L’équipe a formé un cercle en poussant des coudes et entament une partie de tarot pour tromper le temps. Pour oublier la fraîcheur atmosphérique, les interminables queues devant les rares stands d’approvisionnement, la promiscuité étouffante et la mauvaise organisation.

800.000 « jmjistes » sont venus partager cette veillée de prière avec Benoît XVI.

Il est 20 heures 15, la « papamobile » se fraie un chemin balisé par les policiers. Le pape par chance passe à 10 mètres des pélerins de Conflans : Les cris fusent : « Be-ne-de-tto !… Be-ne-de-tto ! » Marjorie, 18 ans, laisse éclater sa joie. « Je suis trop contente » Plus loin, Nicolas, Amandine, Serge, Vianney entament une danse effrénée. On allume des bougies.

A 21 heures le pape commence son homélie. Il rappelle l’histoire des mages, premiers saints de la chrétienté : « Chers amis, conclut le Pape, le périple des mages n’est pas une histoire survenue il y a longtemps. Il s’agit d’une présence. Ici devant nous et au milieu de nous »

Le P. L’Hirondel est admiratif. « Le texte est superbe, Benoît XVI est un intellectuel de grande envergure qui sait dire les choses simplement » Seul regret du jeune curé : « J’aurai aimé qu’il s’adresse aux jeunes directement comme le faisait Jean-Paul II ».

Luc

19/08/2005

Heureux les irréalistes, les rêveurs et les utopistes

Jmj_foule Heureux ceux qui, comme les JMJistes de Cologne, veulent changer le monde. Heureux ceux qui, comme ces 800 000 jeunes, croient à l'impossible. Heureux ceux qui, comme eux, font des rêves de fraternité...

Une question m'a hanté toute la journée. Devenus responsables, installés dans la vie, ces pèlerins sauront-ils garder la même faîcheur d'esprit ? La même disponibilité envers leur proche ? Sauront-ils préserver l'attention à l'autre qui les a guidés toute cette semaine ? Ou seront-ils des hommes ou des femmes réalistes ? Des notables raisonnables pour lesquels le monde est partagé en deux : celui du bien, le leur, et celui du mal, qui rassemble tous ceux qui ne leur ressemblent pas.

Jean et Clément, les deux scouts d'Europe rencontrés hier sur les bords du Rhin, préserveront-ils en eux cette flamme d'humanité à laquelle ils aspirent ? Auront-ils été rattrapé par leur milieu ambiant ? Quand le premier aura fini ses études d'officier pilote de chasse, et le second, diplômé de la grande école de commerce qu'il intègre cette année... Auront-ils encore l'envie de rendre le monde meilleur ? J'aimerais tant les revoir dans 15 ans pour constater que l'un et l'autre sont restés les mêmes.

17 heures.
Au centre d’informations pour les pays francophones, près de la paroisse Sainte-Agnès, Mgr Godfried Danneels, primat de Belgique me confie : "Nous sommes devant une nouvelle génération de jeunes chrétiens qui n’a rien à voir avec celle d’il y a trente ans. Les « jmjistes » de Cologne ne se contentent plus de constater que le monde va mal, ils proposent. Dans les catéchèses, le matin, je suis stupéfait par la profondeur des questions et le besoin de sens ressenti par cette génération."

Luc

18/08/2005

En attendant le bateau

Balbont_6 Le long des rives du Rhin, ils se sont massés pour accueillir Benoît XVI. La plupart ont attendu plus de six heures sous le soleil. Avec des parapluies, ils se sont protégés du cagnard. Ils ont pique-niqué. Ils ont trompé leur attente en se parlant, ou telle cette responsable d'un diocèse alsacien en protégeant la place de choix qu'elle a acquis chèrement. Elle interpelle une des jeunes qu'elle encadre : "Véronique ! Dis à ce prêtre de s'en aller. Ce n'est pas parce qu'il porte une soutane qu'il a tous les droits. Ici, c'est notre groupe. Nous sommes là depuis 11 h du matin."

Benoît XVI passera sur son bateau vers 17 h 15. C'est l'horaire prévu. Les Roumains anticipent le passage du Saint-Père. En coeur, ils hurlent : "Benedetto". Des Italiens leur répondent. Un groupe d'Américains du Minnesota est assis le long du quai. Chaque membre arbore un tee-shirt de couleur grenat avec imprimé en lettres d'or : "Benedict XVI". Les Chiliens cassent la croûte. Des Espagnols se font prendre en photo avec des Tanzaniens. Les Polonais sont nombreux, les Français parsemés. Voici des Allemands, des Irlandais, des Irakiens... Au total, 160 nations sont là pour accueillir le pape.

Il est 17 h 30. Le bateau passe. Matthieu, 20 ans, est venu de Paris pour voir le pape seulement deux minutes. Un tout petit point blanc sur l'immensité du Rhin. Pour lui, ce n'est pas l'essentiel. Ce qu'il a vécu les jours précédents dans la famille allemande qui l'a hébergé à Düsseldorf lui a montré, dit-il, "que malgré la barrière de la langue, on pouvait tous vivre dans un espace commun et ensemble, améliorer le monde." Et puis, ce qui se passe chaque soir au pied de la cathédrale de Cologne, est, pour lui, plus important que de voir le pape. Matthieu, dit-il, touche du doigt l'universalité ; c'est le souvenir qu'il veut garder de ces vingtièmes JMJ. Celui que, plus tard, il a envie de transmettre à ses enfants.

Sur les bords du Rhin, j'ai rencontré aujourd'hui Jean de Castelnau, 19 ans, et Clément Brisson, 20 ans. Ils sont tous les deux de Lyon. Ils font partie des scouts d'Europe. Cette branche du scoutisme est connoté comme étant traditionnel, voire réactionnaire : catholique et française. Les deux jeunes portent un uniforme. Ils me parlent du sens de l'autre. Ils admettent que des athées peuvent être aussi habités par cette attention au prochain. Des propos que j'approuve en totalité.

Pourtant, avant notre rencontre, je me sentais à l'oppposé de ces jeunes. Les préjugés sont un cancer qui nous ronge. Il faut en sortir. Jean et Clément ne sont ni fachistes, ni inhumains, ni élitistes. Aujourd'hui, j'ai au moins appris quelque chose.
Luc

Le style Benoît XVI

Vidal_1  Dans le hall de la Foire de Cologne devenu salle de presse, le temps des JMJ, des écrans géants muets sont accrochés au-dessus des centaines d'ordinateurs installés en batterie. Jour et nuit, des journalistes du monde entier (aux dernières nouvelles, nous serions 7700 à Cologne) font cliqueter les claviers. Mais à midi pétantes aujourd'hui, c'est devant dans les deux seules télés qui diffusent du son -en allemand (non-germanophones s'abstenir dans la salle de presse... )- que s'agglutinent une centaine de confrères. Silence religieux quand le pape descend de l'avion. Rires lorsque Benoît XVI se bat contre sa soutane qui vole au vent. "Non, il n'a pas embrassé le sol," réponds-je à un ami francais, arrivé quelques minutes en retard, et attentif, comme moi, à ce geste symbolique.

Discours du président de la République fédéral d'Allemagne, Horst Köhler, dont certains propos ne dépareilleraient pas dans une homélie : "Les principes de la foi doivent être le sel de la terre" ou "L'homme ne vit pas que de pain. Et ce n'est qu'à travers l'autre que l'homme parvient à lui-même." Le pape prend alors la parole. Stylo en main, les journalistes suivent attentivement, pour apporter d'éventuelles corrections au texte distribué ce matin ous embargo. Stupéfaction : Benoît XVI en rajoute des tonnes ! Surtout dans la première partie de son allocution, où il distribue les remerciements. Au président Köhler, il lance : "On peut donc venir du monde de l'économie et faire de la théologie !" Puis, lorsqu'il remercie les jeunes pour leur accueil, le contingent de jmjistes présents à l'aéroport répondent en scandant "Be-ne-det-to !!!" (en italien, Benoît). On entend alors, un éclat de rire bref mais net. Le rire du pape allemand ! Le style "Benoît XVI" serait-il en train de naître ?

Marie-Christine

17/08/2005

Jeunes, cathos et Européens

L'Europe existe, je l'ai rencontrée à Cologne. D'abord parce que les jeunes du Vieux continent constituent le gros des troupes des jmjistes. Et puis parce que, dans les rues pavées de la vieille ville ou sur les bords du Rhin, on la vit ici au quotidien. Tenez, cet après-midi, j'ai accompagné le groupe de Conflans-Sainte-Honorine, Andrésy et Poissy (Yvelines)  durant son pélerinage jusqu'à la cathédrale. 37 jeunes partis pour deux heures et demi de marche, de chants et de prière.  Evidemment, quand ils croisent des compatriotes, nos pèlerins d'Ile-de-France agitent avec conviction leurs drapeaux francais, agrémentant le tout de cris de joie du style : "Si t'es fier d'être francais, tape dans tes mains !" Mais vingt pas plus loin, devant un groupe d'Italiens, les mêmes n'hésitent pas à lancer à tue-tête: "Viva Italia !" Le summum : lorsqu'ils se mettent à entonner, juste après, l'hymne européen...
Marie-Christine

"La tragédie, c'est qu'une femme l'ait assassiné."

12 h 30Frrogerportrait_2
Ce matin, Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et de Lourdes, lors d'une catéchèse auprès de quelque 800 jeunes, a déclaré, ému par la mort de Frère Roger : "On peut prendre cette mort comme un crime, mais c'est aussi un signe. Parce qu'il meurt alors qu'il prie. Parce qu'il meurt le jour où s'ouvrent les JMJ. Parce qu'il meurt en communauté. L'événement est porteur de sens. Ce que Jésus a vécu sur la croix se prolonge aujourd'hui dans l'histoire avec Frère Roger. Si vous voulez être artisan de paix, il faut parfois affronter le risque."

Comme Mgr Perrier, Jean Vanier, fondateur des communautés de l'Arche, maison d'accueil pour les handicapés mentaux, rencontré au détour du Parc des Expositions de Cologne, confie qu'il voit lui aussi dans la mort de son ami Roger, un signe qui n'est pas dû au hasard : " Un grand nombre d'artisans de paix et d'unité (Gandhi et Luther King) sont morts assassinés. Il fallait que Roger soit lui aussi martyr. Car de la mort jaillit toujours la vie. Aujourd'hui, l'important, c'est de voir Taizé comme une lumière. Ce n'est pas de pleurer mais de suivre Roger qui transmettait cette parole d'unité. Il avait un sens des jeunes, il savait leur parler. Il avait aussi un sens des pauvres. Il avait d'ailleurs adopté une petite fille indienne. La seule tragédie de cette histoire, c'est que quelqu'un, une personne, une femme, l'ait assassiné."
Luc

La mort de Frère Roger

Frrogerbureau Stupeur ce matin ! Il est 6 h 30. La télévision allemande annonce que Frère Roger a été assassiné hier soir. Le vieil homme de 90 ans a été frappé à l'arme blanche par une déséquilibrée à la prière du soir. Dans l'un des halls du parc des expositions de Cologne, transformé en salle de presse, les journalistes sont hébétés, abasourdis, incrédules.

Plus loin, au nord-ouest de Cologne, dans la paroisse Saint-Joseph-de- Grevenbraich où ils sont installés depuis six jours, le groupe oecuménique (catholique, protestant, orthodoxe) avec lequel je suis parti pour les JMJ la semaine dernière, a appris la nouvelle. Une religieuse protestante de la communauté des diaconesses de Reuillly, Sabine Brelaud, est la première à réagir : " Je suis choquée. Bien sûr, la femme qui l'a tué est une déséquilibrée. Mais assassiner une personne âgée de 90 ans, un religieux, et ce, pendant les complies où l'on se remet à Dieu pour la nuit, est bouleversant. Que s'est-il passé pour que cette femme en arrive là ? Frère Roger était un second pape. Il avait travaillé toute sa vie à la réconciliation entre les chrétiens."

De son côté, le pasteur Pierre-Alain Jacot, 33 ans, déclare : "Il était une figure pour les jeunes. Notamment pour les protestants allemands et scandinaves. Il était né en Suisse dans le même canton que moi, le canton de Vaud. Et je connais des gens qui l'avaient suivi dès les premiers moments. Même si, à la fin de sa vie, ces anciens n'avaient pas compris son évolution vers un oecuménisme un peu particulier - ils l'avaient même désapprouvé, notamment lors de sa participation à la communion aux obsèques de Jean-Paul II - Frère Roger n'en reste pas moins une des grandes figures de la réconciliation entre les chrétiens et un homme d'une ouverture exceptionnelle vers les Eglises de l'Est de l'Europe."
Luc

16/08/2005

L'Afrique aux JMJ

Brice Mombo et Paul-Alain Mavioga viennent du Gabon. Le premier a 28 ans, le second, 30 ans. C'est un miracle qu'ils soient présents à ces vingtièmes JMJ. Brice, instituteur à Librevillle, la capitale du pays, explique qu'un visa coûte 30 euros. "Cela revient à une semaine de travail pour un employé gabonais", explique-t-il.

Paul-Alain, documentaliste dans la même ville, raconte à son tour que le prix du voyage, 1 200 euros, est inaccessible à 99 % d'Africains, Gabonais ou non. Que s'il n'avait pas été invité par le diocèse français d'Arras (Nord), il n'aurait jamais pu venir à Cologne.

Autre problème pour le continent noir : l'obtention des visas. Cette année, un grand nombre d'Africains pourtant invités, se sont vu refuser les précieux documents parce que le pays accueillant craignait d'être envahi par la suite de demandeurs d'asile : "En 1997, se souvient une religieuse qui accompagnait une délégation sénégalaise aux JMJ de Paris, plus de 50 jeunes pèlerins de mon groupe ne sont pas rentrés chez eux"...

Apollinaire, le Congolais, n'a pas envie, lui, de rester en France. Encore moins en Allemagne. A Nancy, où il réside depuis 1999, il a entrepris des études de travailleur sanitaire et social. Une fois son diplôme obtenu, il veut retourner chez  lui pour ouvrir un dispensaire dans son village situé à 700 km à l'ouest de Kinshasa, la capitale.

"Je suis prêtre, dit-il. Et pour me mettre au service des gens de mon pays, j'ai envie d'agir. Non seulement d'ouvrir ce dispensaire, mais aussi d'éduquer les gens de ma région à l'hygiène, à l'éducation et à la santé. Dieu nous demande d'agir et pas seulement de prier."
Luc

Achtung, cliché !

Avouez-le : vous êtes tous persuadés que les Allemands sont les rois de l'organisation. Moi aussi, j'y croyais dur comme fer. Jusqu'a mon arrivée à Cologne, hier soir. A leur décharge, il est vrai qu'un debarquement de 400 000 jeunes, ca vous bouleverse une ville.

Aussi bien élevés et catholiques soient-ils, les JMJistes trimballent des sacs-a-dos imposants et se deplacent en groupes bien tassés. Ce qui rend l'accès aux quais et aux wagons du U-Bahn (le metro) hasardeux, voire risqué.

Le plus étonnant, ce sont les flottements de la salle de presse. Apres avoir frequenté les JMJ de Rome, en 2000, je pensais etre vaccinee. Eh bien non : en entrant dans l'immense hall de la Foire de Cologne, le journaliste de base n'est pas pris par la main. Loin de là : infos distillées au compte-goutte, organisation de "pools" de journalistes (places privilegiées lors des célebrations avec le pape) quasi-reservés aux Allemands, fléchage douteux des salles de conférences de presse...

Mais la gentillesse des jeunes bénévoles qui jouent le rôle d'hôtes et d'hôtesses d'accueil, met du baume au coeur. Les Allemands, rois du bazar et du sourire. De quoi anéantir quelques clichés. C est toujours ça, non ?
Marie-Christine

15/08/2005

Les nouveaux musiciens de Brême

Vidal_scooter2 9 h 15. Les "musiciens de Brême" n'ont qu'à bien se tenir. Le quator d'animeaux musiciens, héros d'un célèbre conte et dont la ville a fait son emblème, sont largement surpassés par l'orchestre qui s'est installé sous les voûtes de Sankt Johann.
Batterie, guitares électriques, clavier, flûte traversière et cinq choristes. Le "Magnificat" qui lance la messe de l'Assomption a du bon : en latin, il est ainsi inutile de traduire pour les Lituaniens, les Albanais, les Canadiens (anglophones), les Polonais, les Roumains et les Français (de Toulouse) qui ont rempli l'église.
A la sortie de la messe, départ pour Cologne et photos-souvenir avec les familles d'accueil. "Venez à Czestochowa, on vous invite dans nos familles", lancent Johanna et Magda à Evy, notre hôtesse. "Pourquoi pas ?  répond-elle malicieusement. De toute façon, on se reverra au moins au paradis !"
Marie-Christine

Trèves, la Jérusalem céleste des marxistes chinois

Balbont_5 Nous quittons aujourd'hui Trèves, baigné par la Moselle. Il fait froid et humide. Dans les cars en direction de Cologne, montent les jeunes chrétiens ; mais dans les rues de la ville, déambulent d'autres pèlerins. Des Chinois en grand nombre. Eux viennent se recueillir dans la cité natale de Karl Marx. En groupe, ils visitent la maison où le fondateur du communisme universel a vu le jour. Eux aussi sont en pèlerinage. Venus de loin pour adorer un homme qui s'était érigé en Dieu vivant. Une idôle, en quelque sorte.
A 14 h, après une messe célébrée en la cathédrale par l'archevêque de Trèves, des centaines de JMJistes s'engouffrent dans les cars en route pour Cologne. 160 kilomètres séparent les deux villes. Deux heures de route.
Le car est plein. Pas de place pour moi. Alors, je prends un train à la gare. Demain, à Cologne,s'ouvre les vingtièmes JMJ de l'histoire, les premières pour le pape Benoît XVI, élu en avril dernier.
Luc

14/08/2005

Pflaumenkuchen, pluie et papottes

Vidal_scooter2_1 11h 30. Brême (au nord de l'Allemagne). Rendez-vous à l'église Sankt Johann, une des deux paroisses d'une ville essentiellement protestante. J'ai fait connaissance du groupe d'étudiants de Czestochowa (la ville sanctuaire polonaise) qui a accepté que je suive ses "JMJ en diocèse". J'ai souhaité vivre ces journées comme des jeunes JMJistes.
Aussi, suis-je rapidement pris en main par deux anges gardiens : Magda, 24 ans et Johanna, 23 ans, avec qui nous communiquons en anglais. Depuis mercredi soir, elles sont hébergées chez Evy. Tout un poème : la soixantaine, cette petite dame rigolote n'a pas vraiment le profil de l'Allemande "type". Et pour cause : ses parents étaient chinois d'origine, indonésiens d'adoption et elle a épousé un diplomate allemand. Très impliquée dans les activités caritatives de la paroisse, curieuse comme pas deux, elle s'est tout naturellement proposée pour héberger des jeunes étrangers lors des JMJ. Deux Polonaises squattaient déjà dans son somptueux appartement ; voici la journaliste française !
Vers 23 h 30, épuisée par une balade sous la pluie et plus que rassasiée par les Pflaumenkuchen (succulent gâteau aux prunes) et autres pâtes (à l'indonésienne...), je me couche alors que mes deux "coturnes" terminent leur bagage. Avant de sombrer, je les entends partir à la cuisine et entamer une "papotte" avec Evy. J'appendrai le lendemain matin qu'elles ont parlé jusqu'à 1 h 30 : "De tradition polonaise, de cuisine et de notre foi", résume Evy, impressionnée par la piété de ses deux invitées : "Je suis sûre que le curé les a installées chez moi exprès parce que j'en avais besoin !", conclue-t-elle en éclatant de rire.
Marie-Christine

L'Europe : unité généreuse

Balbont_3 A Trèves, ville allemande proche des frontières françaises et luxembourgeoises, des centaines de jeunes chrétiens français venus des diocèses de Verdun, Metz, Troyes, de Nancy ou de Tours, sont accueillis depuis trois jours. Nourris, logés par des familles allemandes...
Dire qu'il y a 60 ans, de part et d'autre de cette frontière, Français et Allemands s'entretuaient. Aujourd'hui, ils se reçoivent, ils dialoguent, ils ont même une monnaie commmune. Rien que pour voir ce moment de fraternité, ici à Trèves, je ne regrette pas de faire partie de cette minorité qui a dit "oui" à l'Europe le 29 mai dernier. Si c'était à refaire, je recommencerai sans état d'âme.
Luc

12/08/2005

Belfort : une autre jeunesse

Balbont_4 Les quelque 800 000 JMJistes venus des cinq continents ont une foi, un avenir. Ils sont à Cologne pour manifester leur espérance. Ils ne sont pourtant qu'une partie de la jeunesse. Celle qui, privilégiée de voyager, a reçu une éducation, des repères.
A la gare de Belfort (90), Tewfik, jeune Français de 21 ans, né dans l'Est de la France de parents algériens, n'a pas eu cette chance. En rupture familial, il erre en galère. Pas vraiment en révolte, il s'approche. Du matin au soir avec une bande de compagnons comme lui en difficulté, il squatte le hall d'arrivée de la gare, affrontant les regards méfiants des voyageurs qui partent vers d'autres horizons.
Enfant, personne ne lui demandait, le soir, s'il avait des devoirs à faire en rentrant de l'école. Alors, aux études, Tewfik a préféré la rue ; à ses parents, la bande qu'il fréquentait. C'est cette bande qui l'a élevé. D'elle, il a tout appris. Tewfik n'est jamais sorti de sa crise d'adolescence. Personne ne l'a d'ailleurs aidé à en sortir.
Il regarde les jeunes de son âge prendre le train pour aller aux JMJ. Pour lui, c'est un autre monde qui défile devant ses yeux.
Luc

11/08/2005

250 photos à légender

Balbont_2 J'ai quitté le groupe hier après-midi pour écrire une long article que je dois envoyer à ma rédaction ce matin.

A Belfort, j'ai trouvé un hôtel où j'ai pu brancher mon ordinateur portable. Dans la chambre d'à côté, Nicola Gleischauf, la photographe allemande qui m'accompagne, écrit les légendes des 250 photos qu'elle a prises durant les deux premiers jours.

Photos d'ambiance, portraits, photos de messes en plein air, de culte protestant, de randonnée... Tandis que les clichés défilent sur l'écran de ma consoeur, nous nous efforçons de remettre un nom sur chaque visage photographié. Pas toujours facile de reconnaître les pèlerins.

Voilà les Vietnamiens : Zue, Wang, Shung. Les Congolais : Ekolo et Pakuvu. Une Russe se nomme Sacha. Les lecteurs français vont penser que c'est un homme. Il va falloir ouvrir une parenthèse pour leur expliquer que c'est un diminutif féminin courant en Russie.

Ces visages qui apparaissent sur l'écran me renvoie au moment passé avec chacun d'eux. Les contacts personnels ont été bien plus riches que ceux liés avec des groupes. Les discours collectifs sont souvent faits de mots qui sonnent creux. Mais dès que les brebis quittent le troupeau pour retrouver leur individualité, alors l'échange s'intensifie.

Sans doute le ciel bleu, la beauté des églises romanes, la nature bourguignonne, alsacienne ou allemande, sont propices à la profondeur des échanges.

Il y a deux jours, Assia m'a confié qu'en Bulgarie, son pays natal, elle se focalisait tout le temps sur ses problèmes : "Ici, en écoutant les autres, je m'oublie totalement, me dit-elle. Je suis ailleurs. Loin de ma patrie et de ses conflits. J'ai fait des études de lettres à Sofia. Mon rêve est de devenir écrivain. J'ai appris à ces JMJ que c'est en rencontrant des hommes et des femmes différents de moi que je pourrais réaliser mon rêve : écrire des histoires."

Vers 15 h, la rédaction à Paris m'a appelé : je retourne demain dans la capitale pour rejoindre un autre groupe de pèlerins à Trêve, ville allemande située à 50 km de la frontière.

10/08/2005

Et la Polynésie française ?

Balbont_1 Décidément, nul n'est prophète en son pays. Alors que les catholiques français du groupe que nous formons depuis 4 jours, ont adoré la messe dite en rite oriental par les soeurs de Monastère Saint-Elie, ce matin, au petit déjeuner, Valeria Michna, une jeune moscovite de 26 ans, manifeste au contraire sa satisfaction devant la simplicité des messes dites dans les églises en France : " Ici, me dit-elle, j'ai découvert la joie de prier comme on veut. Assise par terre en jean, en short ou en en tee-shirt. Sans cérémonial, sans habit spécial."

Durant le trajet qui conduit au Ballon d'Alsace, nous assisterons vers midi -oecuménisme oblige- à une culte protestant célébré par un jeune pasteur.

Plemen, bulgare, me dit toute  sa passion pour les cartes routières. Dans son appartement à Sofia, il les collectionne. Il en possède plus de 1500. Depuis qu'il est arrivé, il cherche désespérément la pièce rare qui manque à sa collection : une carte de Polynésie française !

09/08/2005

De Taizé à Montbard, on parle de Moscou et des Bulgares

Balbont Notre groupe quitte Taizé ce matin à 8h. Comme beaucoup de participants, je ne suis pas mécontent de partir de cet endroit. Trop de monde, trop de gens concentrés dans les mêmes lieux, aux mêmes heures de la journée, tuent le recueillement. Impossible ici de trouver l'isolement propice à la prière. Il faudra bien un jour que les frères de Taizé limitent le nombre de personnes accueillies, surtout l'été.

Une heure de route nous amène à la superbe abbaye de Fontenay, non loin de Dijon. De là, nous marchons environ deux heures, vers la petite ville de Montbard. La marche est propice au partage. Partage de l'eau, car il fait chaud sur la route. Partage d'idées et d'expérience de vie.

Vladimir, jeune religieux, nous parle de Moscou, sa ville natale qu'il a quitté en 1999 pour venir étudier à Paris la théologie. Il me décrit Moscou. Les changements provoqués par la chute du communisme et la montée de la xénophobie, la hausse de l'immobilier, mais aussi de la foi des Russes.

Vers midi, pause déjeuner sur la pelouse d'un parc public de Montbard, face à l'église. Durant le repas, Boris se désole de voir que personne ne le croit bulgare. Son grand-père était indien et de lui, il a hérité son teint cuivré. Sa mère est turque musulmane, lui est catholique de rite byzantin : "En Bulgarie, nous ne sommes que 750 000 sur 8 millions d'habitants. Moins de 10 % de la population face à plus de 90 % d'orthodoxes." Entre les deux confessions, les relations ne sont pas très bonnes, selon Boris. "Dans les églises, les popes nous qualifient d'organisation plutôt que de nous reconnaître le statut d'église. Si je suis là, c'est pour rencontrer les orthodoxes que les Assomptionnistes ont invité." Je demande à Boris s'il en veut aux orthodoxes : "Non, répond-il. L'avenir est à la réconciliation. Le groupe que nous formons aujourd'hui montre bien que l'unité des chrétiens n'est pas impossible si on la désire vraiment."

14 h : après le pic-nic , une heure de marche. Puis arrivée au bourg de Saint-Rémi. Dans le monastère de cette petite ville, six carmélites de rite byzantin nous accueillent. Une Hongroise, une Roumaine, une Biélorusse, deux Françaises et une Suissesse. L'une des soeurs m'explique que leur communauté a été fondé il y a 31 ans pour jeter une passerelle entre le catholicisme et l'orthodoxie. "L'orthodoxie, dit-elle, représente une grande partie de la chrétienté. On ne peut pas l'ignorer."

A ses côtés, Estelle, une jeune orléanaise, écoute attentivement : "Depuis trois jours, me dit-elle, je prends conscience un peu plus fortement que les catholiques ,ne sont pas les seuls chrétiens du monde. Et que pour aller à Jésus, les chemins sont multiples.

"De quoi vivez-vous ?" demande un des jeunes aux soeurs. La mère supérieure sourit : "Nous accueillons des gens en retraite, nous vendons des icônes que nous peignons selon le rite byzantin et nous avons un grand jardin qui, à défaut de nous rapporter de l'argent, nous donne d'excellents légumes !"

08/08/2005

"Chez vous, les églises sont vides !"

Ce soir à Taizé, Graziella a prié en italien. Hristo en bulgare, Etienne le Congolais en français, comme Odile et Pierre, les bretons, Vincent et Nadine, les parisiens. A leur côté, Vladimir et trois jeunes Russes ont dit le Notre Père dans leur langue. Durant la prière, tous se sont donnés la main. Une prière universelle, un temps de prière et de paix... A la sortie de la prière, Etienne, futur prêtre, s'étonne : "Je ne pensais pas qu'il y avait autant de pratiquants en France ! Chez vous, les églises sont vides et on n'y rencontre jamais de jeunes. Ici, c'est tout le contraire !"
Luc

07/08/2005

Les religieuses protestantes, ça existe !

Plemen est orthodoxe. Assia est catholique. Ils ont tous deux 27 ans et viennent de Bulgarie. Stella, 25 ans, est née au Congo. Comme Assia, elle est catholique. Pierre-Alain est pasteur protestant à Anduze (Gard). Sabine est diaconesse protestante à Versailles. Depuis une heure, ce groupe a quitté Cluny pour marcher en direction de Taizé. 12 kilomètres de marche et de discussion à travers la campagne et les villages : "Je ne savais pas que les protestants avaient des religieuses", dit Estelle, une parisienne catholique. Sabine sourit et lui explique l'histoire de sa congrégation... Voilà pourquoi une route pédestre oecuménique est si utile .
Luc

06/08/2005

L'oecuménisme en marchant

C'est à Lyon, sur la colline de Fourvière où trône la superbe cathédrale de la ville que se sont retrouvés la cinquantaine de garçons et de filles, religieux et laïcs, inscrits pour participer à ces JMJ de Cologne. Pour cette édition 2005, la famille de l'Assomption a eu l'idée d'organiser une route oeucuménique. D'emblée, Dominique Lang, l'un des organisateur, explique : " Les schismes qui ont traversés notre Eglise durant l'histoire sont ressentis comme une blessure profonde pour tous les chrétiens." Et de fait ! Quelle image donnons-nous au monde quand nous nous présentons avec toutes nos divisions ! Retrouver l'unité des premiers siècles est une tâche prépondérante pour l'Eglise. Ces JMJ de Cologne sont l'occasion de mieux resouder les trois grandes familles chrétiennes." C'est dans ce but que des jeunes catholiques, protestants et orthodoxes prennent ensemble la route, jusqu'au 16 août. Un trajet, en autocar, entrecoupé par des marches de 10 à 15 kilomètres. Marcher ensemble pour avoir le temps de se parler, de se comprendre...
Luc